Weyes Blood (I.Boat, 05 Avril 2017)

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Voilà deux mois, nous avions assisté ici-même à l’I.Boat (l’équivalent bordelais du Batofar) au show robuste, enjoué et vénéneux des excellents Twin Peaks. Les Chicagoans avaient littéralement fracassé la cale de la péniche à la force du médiator et à coup de petites bombes punks. Beaucoup plus pros et carrés que leur apparence de branleurs ou leur étiquette DIY / Lo-fi pourraient laisser paraître, leur prestation confirme tout le potentiel des américains. Energie à revendre, groupe soudé malgré un éthylotest dans le rouge, son agressif et compact : le groupe a confirmé avec brio tous les espoirs placés en eux.

C’est une toute autre affaire qui nous amène ce soir : Weyes Blood (Natalie Mering à la ville), bien moins périlleuse pour nos tympans et nettement plus sobre. Plutôt précoce (son troisième album, le très bon Front Row Seat To Earth, est sorti l’an dernier), la jeune chanteuse américaine nous avait tapé dans l’œil à l’automne dernier : apparaissant échouée sur le sable, en bord de mer, nous toisant du regard, elle semblait nous dire : « Rejoignez-moi, vous verrez, on est bien ici…« . Force est de constater que la publicité n’est pas mensongère, tant l’expérience musicale s’avère confortable. On déambule dans son univers ouaté en tout quiétude, comme bercé par le bruit des vagues.

La version live soutient la comparaison, et s’il est bien une chose qui se dégage de Weyes Blood, c’est l’assurance de sa chanteuse. Entourée de trois musiciens (dont le guitariste Jack Ladder ayant assuré la première partie), Natalie Mering démontre un vrai savoir-faire pour tisser un univers sonore très personnel. Alternant entre le clavier et la guitare sèche, parfaitement soutenue par les arrangements de son groupe, elle dégage une vraie présence et incarne ses chansons, dont la simplicité n’est qu’apparente. La vraie star de l’ensemble étant sans conteste sa voix noyée d’écho, d’une pureté et d’une maturité rares, qui sublime ses compositions.

Au fur et à mesure des morceaux, dont notamment les meilleurs du dernier album (le sublime « Do You Need My Love« , joué juste avant les rappels, « Seven Words« , « Away Above« ), on situe l’ADN de Weyes Blood quelque part entre Beach House et Alela Diane. Puis, sur la reprise sautillante de « Moonlight Shadow » (la scie 80’s de Mike Oldfield), la voix de Mering fait curieusement penser à celle de Chrissie Hynde. Les références sont élogieuses mais variées car, même si ce qui saute aux oreilles chez Weyes Blood, ce sont la sensibilité et la délicatesse de sa musique, ou encore ses mélodies aériennes, elle ne se résume pas à ça. Si remarquable soit-elle dans cet exercice, Natalie Mering a en effet l’intelligence de ne pas se limiter aux carcans folk en faisant, entre autres, la part belle aux arrangements synthétiques.

La chanteuse nous fait toutefois mentir – pour notre plus grand bonheur – lors du second rappel. Seule à la guitare, elle interprète magistralement la bouleversante « Bad Magic« . Le temps s’arrête l’espace de quelques minutes, où l’envie nous prend de serrer la chanteuse dans nos bras pour la réconforter. Conclusion parfaite à un concert court mais riche en émotions.

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La Femme (Espace Médoquine, 19 Janvier 2017)

la-femme-mystere-2016« Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui écoutent La Femme, et les autres… » Pas sûr que Clint Eastwood ait traversé l’Atlantique pour se joindre à nous ce soir à Bordeaux, mais une choses est sûre : La Femme ne laisse pas indifférent.

Découvert en 2012 au festival We Love Green alors que Psycho Tropical Berlin, leur excellent premier album, n’était encore qu’à l’état d’embryon, La Femme nous avait d’emblée conquis par leur fraîcheur et leur fougue. Il était assez clair qu’avec eux quelque chose allait se passer.

Cinq ans, deux disques marquants – même si un peu trop longs – et un paquet de concerts plus tard, le groupe est en passe de rafler la mise. Et pourtant, rarement, ces dernières années, un groupe français a semblé aussi clivant que La Femme.

Le cocktail proposé s’annonçait effectivement risqué sur le papier : un soupçon de naïveté, une dose de kitsch, des paroles qu’on jurerait parfois sorties tout droit d’une cour de récré, des claviers 80’s, une guitare surf,… Et ça marche ! La Femme n’est pas parfaite, mais a les qualités de ses défauts. Surtout, les six membres assument tout, et avec enthousiasme. Ils tentent, osent, se plantent parfois, mais suivent leur voie comme bon leur semble.

Le concert de ce soir est à leur image : ponctué de quelques écarts de route, pas totalement maîtrisé par moments, mais intense, enthousiasmant en diable, parcouru tout du long par une frénésie contagieuse, des mélodies et des rythmiques entêtantes. L’ADN de La Femme est là : le groupe n’a pas son pareil pour faire frétiller nos orteils et bouger nos corps.

Comme sur leur très recommandé dernier-né (Mystère, à la superbe pochette érotico-capillaire), l’impériale « Sphynx » ouvre le bal. Appelé à devenir un classique des setlists du groupe, le morceau impressionne. Le chant sinusoïdal de Clémence Quélennec n’a jamais paru aussi captivant et le groupe, sûr de son fait, déroule le fil, nous fait pénétrer dans son labyrinthe synthétique.

Première piqûre de rappel de Psycho Tropical Berlin, « Packshot » finit de nous réchauffer les mollets avant un réjouissant intermède bubblegum (« Mycose », « Septembre »). La délicieuse ritournelle « Où Va Le Monde » s’avère aussi addictive que sur disque. Marlon Magnée endosse pour l’occasion un costume mi-crooner mi-MC, parcourant la scène en débitant ses paroles désabusées.

S’en suit un tunnel exaltant et de haute volée : « Tatiana » – très Elmer Food Beat -, « Paris 2012 », « Si Un Jour », et le tube « Sur La Planche », qui déclenche une irrésistible excitation collective.

La sublime « Al Warda », un des sommets de Mystère – et de cette soirée -, met une nouvelle fois en valeur le chant hypnotique de Clémence Quélennec. Malgré une acoustique qui ne lui rend pas vraiment justice, le titre est sublimé pour l’occasion par la présence aux platines de DJ Pone, venu en renfort sur deux titres. Le featuring aurait pu s’avérer artificiel (voire promotionnel), mais l’alchimie est bien réelle et DJ Pone fait des merveilles aux platines sur « Exorciseur ».

En dépit de quelques moments plus faibles (« It’s Time To Wake Up (2023) », « Tueur De Fleurs »), la suite est à la hauteur (« Nous Étions Deux », « Elle Ne T’aime Pas », « SSD », « La Femme Ressort »). Mais, tel un enfant gâté ne se contentant pas de son plat de résistance, la salle attend avec impatience le bouquet final, en forme de manifeste pro-transports en commun.

En constatant la perte de contrôle totale que provoque l’intro de « Antitaxi », on se dit que La Femme ne surpassera peut-être jamais cet hymne fondateur, irrésistible rouleau-compresseur électro-yéyé au riff de guitare surf hypnotisant, qui conclut en beauté un concert réjouissant de bout en bout.

La setlist du concert

♥♥♥♥♥ Meilleurs Albums 2016 : La crème de la crème (Partie 1)

Une Playlist YouTube avec des extraits de ces albums est en écoute ci-dessous.

radiohead-a-moon-shaped-pool-2016
01 Radiohead – A Moon Shaped Pool
the-lemon-twigs-do-hollywood-2016
02 The Lemon Twigs – Do Hollywood
iggy-pop-post-pop-depression-2016
03 Iggy Pop – Post Pop Depression
keren-ann-youre-gonna-get-love-2016
04 Keren Ann – You’re Gonna Get Love
general-elektriks-to-be-a-stranger-2016
05 General Elektriks – To Be A Stranger

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♥♥♥♥ Meilleurs Albums 2016 : La crème chantilly (Partie 2)

Une Playlist YouTube avec des extraits de ces albums est en écoute ci-dessous.
agnes-obel-citizen-of-glass-2016
Agnes Obel – Citizen Of Glass
beyonce-lemonade-2016
Beyoncé – Lemonade
david-bowie-blackstar-2016
David Bowie – Blackstar
michael-kiwanuka-love-hate-2016
Michael Kiwanuka – Love & Hate
nathaniel-rateliff-the-night-sweats-nathaniel-rateliff-the-night-sweats-2015
Nathaniel Rateliff & The Night Sweats – Nathaniel Rateliff & The Night Sweats
norah-jones-day-breaks-2016
Norah Jones – Day Breaks
the-james-hunter-six-hold-on-2016
The James Hunter Six – Hold On!
the-last-shadow-puppets-everything-youve-come-to-expect-2016
The Last Shadow Puppets – Everything You’ve Come To Expect
the-kills-ash-ice-2016
The Kills – Ash & Ice
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The Lumineers – Cleopatra
villagers-where-have-you-been-all-my-life-2016
Villagers – Where Have You Been All My Life

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♥♥♥ Meilleurs Albums 2016 : La crème brûlée (Partie 3)

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♥♥ Meilleurs Albums 2016 : La crème de marrons (Partie 4)

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♥ Meilleurs Albums 2016 : La crème pâtissière (Partie 5)

 

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